A quelque cinquante jours du premier tour de la présidentielle, la plupart des sondeurs estiment que le choix des électeurs n'est pas encore fait, mais les Français se disent beaucoup plus intéressés par la campagne qu'il y a cinq ans.
Parmi les instituts de sondage, BVA est le seul à exprimer un avis un peu dissonant quant à l'incertitude du corps électoral. Selon lui, 55% des électeurs ont maintenant choisi définitivement leur vote. 25% ont une préférence mais peuvent encore changer d'avis, 10% hésitent entre plusieurs candidats et 9% ne savent pas du tout pour qui ils vont voter. Pour la plupart des sondeurs, l'une des caractéristiques de cette campagne est l'extrême volatilité de l'électorat. Alors que, traditionnellement, la fin février marque un tournant dans les campagnes présidentielles, le moment où les électeurs basculent dans un camp ou un autre de façon quasi-définitive, celle-ci semble faire exception à la règle. "Il y a énormément d'indécision et de votes flottants, explique Roland Cayrol (CSA). C'est une élection très particulière. On n'a pas vu, depuis 1981, un tel taux d'indécis pour l'élection. Les gens peuvent passer d'un bord à l'autre au gré d'une émission télévisée qui les marque, un événement de campagne...", ajoute-t-il. "Les indécis sont toujours aussi nombreux", renchérit Frédéric Dabi (Ifop). "A cinquante jours du premier tour, la cristallisation des intentions de vote est loin d'être faite. Près d'un électeur sur deux déclare pouvoir changer d'avis et les indécis sont particulièrement nombreux chez les électeurs les plus jeunes, les ouvriers, mais également parmi les cadres supérieurs et les professions libérales", assure-t-il. Selon le dernier sondage hebdomadaire de LH2, des 23 et 24 février, seuls 44% des Français auraient définitivement fait leur choix en faveur d'un candidat. 33% disent avoir une préférence marquée mais pouvoir encore changer d'avis et 23% affirment encore hésiter. La dynamique dont bénéficie depuis plusieurs semaines François Bayrou, parti de 6% en début d'année pour atteindre 19% aujourd'hui, est symptomatique de cette volatilité. Selon Roland Cayrol, "c'est d'abord sur des déçus de la gauche qui ne trouvaient pas bien leurs préoccupations (dans la campagne de Ségolène Royal - NDLR) qu'il a engrangé. Puis c'est à droite qu'il a pris, là aussi, des gens qui étaient un peu déçus par les orientations excessivement libérales de Nicolas Sarkozy". "En même temps, poursuit-il, c'est l'électorat le plus fragile puisqu'il est composé de déçus, de gens d'en face qui ne sont pas encore complètement fixés". Par-delà ces nuances, tous les sondeurs s'accordent cependant pour reconnaître que cette campagne suscite une attention marquée de la part des Français. Selon BVA, 72% des Français se disent ainsi intéressés, et pour 77% d'entre eux, la façon dont se déroule la campagne les incite plutôt à aller voter. Selon CSA, 50% des Français indiquent parler de la présidentielle et de politique avec leur entourage, les jeunes (57%) étant ceux qui en parlent le plus. Un avis partagé par Jérôme Sainte-Marie (BVA), pour qui il pourrait même y avoir "une crise importante de sa candidature" si la dynamique dont bénéficie le candidat centriste venait à s'arrêter.