23.02.2007

Quelques éléments sur l'élaboration des sondages

Incapables de déterminer à l'avance le résultat des élections, surpris par la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la dernière présidentielle, les sondages n'en continuent pas moins de rythmer la campagne, fournissant en arguments les commentateurs dans les jours qui suivent chaque grande apparition des principaux candidats.

(...)

Ils rythment la campagne et ils influent beaucoup sur la tonalité des commentaires, alors qu'ils ne sont pas fait pour ça", constate Matthias Guyomar, secrétaire général de la Commission des sondages. Pour Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à Sciences-Po Lille, les sondages jouent traditionnellement "un rôle majeur" dans la vie politique française.

Echaudés par les critiques, les sondeurs sont pourtant unanimes à appeler à la retenue dans l'interprétation. "A l'heure actuelle, les sondages n'ont aucun caractère prédictif, ils mesurent seulement l'état d'un rapport de force", souligne Emmanuel Rivière, directeur du service politique au sein du département stratégies d'opinion chez TNS-Sofres. Les enquêtes publiées ne sont que des "photographies de l'opinion à un moment donné" et elles ne peuvent rendre compte que partiellement de ce que sera le résultat du scrutin.

La tâche est d'autant plus compliquée que "l'opinion des sondés est de plus en plus volatile" et que ces derniers ont tendance à arrêter leur choix dans les tout derniers moments, ajoute Matthias Guyomar.

Pour autant, les instituts ont peu modifié leur façon de travailler depuis le "fiasco" de 2002. "On essaie de tenir un discours le plus prudent possible", affirme Jean-François Doridot. "Mais on a du mal à être relayés", notamment par les médias, se défend-il.

Ainsi, Ipsos a essayé de publier des fourchettes à la place d'un seul pourcentage, ce qui aurait par exemple mieux mis en évidence la possibilité que Jean-Marie Le Pen puisse devancer Lionel Jospin le 21 avril 2002. Mais ces fourchettes, "trop compliquées pour être reprises par les médias audiovisuels", ont été délaissées.

Pour Emmanuel Rivière, la prudence consiste aussi à éviter de se focaliser sur le 2e tour de la présidentielle, puisque "le 1er tour changera forcément la donne politique". Face à la "demande", la Sofres a en publié, mais "on n'a pas testé qu'une hypothèse, on a testé Jean-Marie Le Pen et François Bayrou au second tour", se félicite-t-il.

"En réalité, pas grand-chose n'a changé dans la manière dont on fait parler les sondages", observe Loïc Blondiaux. Ce chercheur du CNRS regrette en particulier "l'absence de réflexion collective" qui aurait poussé les sondeurs à arrêter tout simplement de publier des questions relatives au second tour.

"L'industrie est très réticente à s'expliquer sur ses techniques de redressement", déplore-t-il également. Les instituts de sondage sont de longue date critiqués pour ne pas dévoiler complètement comment ils "corrigent" les données recueillies, alors même qu'ils vont jusqu'à multiplier par deux certains résultats, comme ceux du Front national.

Les entreprises expliquent pondérer les résultats bruts en fonction des résultats des élections précédentes pour corriger les sous-déclarations liées à certains votes, mais ne dévoilent jamais leurs données brutes, classées "secret industriel".

La Commission des sondages est la seule à avoir accès à l'ensemble des chiffres. Sans en dire plus, elle juge le travail de redressement "globalement correct".

Les instituts soulignent également que leurs études sont globalement confirmées dans les urnes. S'ils ont bien été surpris de l'élimination de Lionel Jospin, le résultat final restait très proche des enquêtes réalisées dans les derniers jours de la campagne de 2002. "Tous les éléments étaient dans nos enquêtes: la percée de l'extrême droite, le bon niveau de l'extrême gauche, le score très faible du PCF et celui historiquement bas de Lionel Jospin", rappelle Emmanuel Rivière.

Voici quelques éléments permettant de comprendre la façon dont les sondages portant sur les intentions de vote sont élaborés:

ECHANTILLON

Pour tenter de reconstituer "l'état de l'opinion" à un moment donné, les instituts de sondage interrogent un échantillon d'électeurs, constitué grâce à la méthode dite des "quotas". Il s'agit de sélectionner les personnes interrogées -généralement près de 1.000- de façon à ce que leurs caractéristiques socio-démographiques (sexe, âge, catégorie professionnelle, lieu de vie...) soient les mêmes que celles de la population française.

CORRECTION DES REPONSES

Les intentions de vote recueillies après un sondage sont très loin de correspondre au vote réel des Français, notamment parce que certains sondés cherchent à dissimuler leurs opinons, en particulier à l'extrême droite. Les instituts procèdent donc à des "redressements" avant de publier leurs résultats.

La plupart du temps, ils demandent, en plus des intention de vote, pour qui les personnes interrogées ont voté lors des dernières élections et corrigent les intentions de vote en fonction de la différence entre les réponses à cette question et les résultats officiels du scrutin. Par exemple, si 8% des sondés affirment avoir voté pour Jean-Marie Le Pen en 2002, alors qu'ils étaient en réalité plus de 16%, l'institut doublera aussi le poids des intentions de vote affichées par ces mêmes personnes: si elles sont 7% à affirmer voter FN, le chiffre "redressé" finalement publié sera de 14%.

Selon Jean-François Doridot, directeur général du département "politique et élections" d'Ipsos, les intentions de vote des électeurs frontistes, les plus corrigées, sont ainsi régulièrement doublées avant publication. Celles attribuées au Parti socialiste sont en revanche minorées de "20% à 30%" au profit des autres formations de gauche. Cette méthode, dont les détails sont gardés secrets par les instituts, soulève évidemment des interrogations et reste imparfaite. "Mais c'est la moins pire", juge Jean-François Doridot.

 

D'après AP 

Commentaires

Et il parait qu'ils redressent à la baisse les intentions de vote pour Bayrou, car les personnes intérogées répondraient "Bayrou" parce que c'est tendance...

C'est logique car selon leurs explications (ci-dessus) quelqu'un qui dit voter Bayrou aujourd'hui alors qu'il n'a pas voté UDF en 2002, c'est suspect. Mais comme c'est le cas de 80% des électeurs de Bayrou en 2007, leur méthode ne s'adapte pas au contexte particulier de l'élection à venir.

Bayrou est peut-être déjà au dessus de 30% en vrai...

Écrit par : Nono Ladette | 16.03.2007

Les commentaires sont fermés.