PARIS (AFP) - Depuis le congrès UMP consacrant Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal traverse, dans les sondages, une zone de turbulences, distancée par son principal rival, tandis que l'UDF François Bayrou réalise une incontestable percée au point de devancer parfois Jean-Marie Le Pen.
Alors que dans les semaines précédant le 15 janvier Mme Royal avait un léger avantage ou faisait jeu égal avec M. Sarkozy, elle est, depuis, systématiquement devancée par lui.
Dans les six enquêtes effectuées après le congrès UMP, Nicolas Sarkozy est crédité cinq fois de 52% d'intentions de vote au second tour et une fois de 51%.
Au 1er tour, la candidate socialiste subit aussi une érosion, allant jusqu'à huit points pour BVA, et passe sous la barre des 30% pour quatre instituts sur cinq, tandis que Nicolas Sarkozy reste au-dessus de ce seuil (entre 30% et 35%, selon les instituts).
En contrepoint de ce tassement de Mme Royal, le candidat de l'UDF est lui dans une voie ascendante, atteignant jusqu'à 13%, selon BVA, devançant M. Le Pen dans trois études, dont deux de l'Ifop. Le leader du FN - entre 10% et 15%, selon les enquêtes, reste toutefois à un niveau plus élevé qu'à la même époque il y a cinq ans.
"Sarkozy a très bien réussi son entrée en campagne. Le congrès de l'UMP a fait retomber comme un soufflé les divisions avec les chiraquiens", assure Frédéric Dabi (IFOP).
"Mais Mme Royal ne s'est pas effondrée et c'est dans les dernières semaines que le vote va se cristalliser. Pour Jérôme Sainte-Marie (BVA), Mme Royal est "tombée dans une espèce de mer des Sargasses où elle ne bouge plus en attendant que la démocratie participative ait pondu ses oeufs d'or".
En clair, selon lui, elle devrait "commencer à parler des sujets qui intéressent réellement les gens" ne plus être "seulement dans l'écoute, mais dans la proposition". "Il faut, ajoute-t-il, qu'elle se résigne à faire une campagne de premier tour et qu'elle tienne un discours s'adressant avant tout au peuple de gauche, aux vastes couches sociologiques qui se sont opposées aux gouvernements Raffarin et Villepin".
Un avis partagé par Jean-Daniel Levy (CSA) pour qui "il y a une petite interrogation sur la capacité de Mme Royal à pouvoir passer au braquet supérieur". "Si elle peut répondre aux aspirations en matière d'égalité, de chômage, de précarité et de logement, terrain traditionnel de la gauche, elle remontera probablement assez fortement".
Mais la "vraie surprise" de ce début janvier, selon LH2 est la progression de François Bayrou qui, selon François Miquet-Marty, a su profiter d'un "phénomène de lassitude" à l'encontre des deux candidats présentés comme favoris. Pour le sondeur, le leader centriste dispose encore d'une marge de progression, et s'affirme déjà "comme une des clés de l'élection" par sa "capacité de nuisance".
Selon plusieurs instituts, c'est près de la moitié, voire plus, de ses électeurs qui pourraient se reporter sur Mme Royal au 2e tour. Mais M. Bayrou n'est pas assuré d'être le "troisième homme" de l'élection. Jean-Daniel Lévy reste persuadé que Jean-Marie Le Pen est "au-dessus de Bayrou" dans les choix de l'opinion, d'autant, souligne M. Miquet-Marty, que les intentions de vote Le Pen progressent généralement en fin de campagne électorale.