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11.12.2006

LE BAROMÈTRE POPULAIRE LH2 LIBERATION: Décembre 2006

Royal-Sarkozy : le retour inattendu d’une confrontation sociale

Le diagnostic paraissait largement établi par les observateurs médiatiques. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, en dépit de leurs appartenances politiques opposées, semblaient cumuler les similitudes de positionnement. Ils soulignaient leur volonté commune de conquérir un électorat modeste, leur propension commune à dépasser le clivage gauche-droite en traitant des enjeux du camp opposé, leur prétention commune à s’imposer sur le thème de la rupture.

Pourtant, l'enquête LH2 réalisée pour Libération révèle, de façon frappante, l’importance des différences qui opposent, aux yeux des Français, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ; et la plus importante de ces différences concerne l’ampleur du clivage social auquel est associée la confrontation entre les deux candidats.

Royal et les catégories défavorisées, contre Sarkozy et les catégories favorisées

Le clivage est profond : 55 % des Français estiment que les catégories défavorisées sont mieux prises en compte par Ségolène Royal (20 % citent Nicolas Sarkozy), alors que 60 % des Français estiment que les catégories supérieures sont mieux prises en compte par Nicolas Sarkozy ( 14 % citent Ségolène Royal). Et ce clivage est d’autant plus manifeste que les ouvriers-employés sont eux-mêmes massivement convaincus (à 58 %) que Ségolène Royal prend en compte la situation des catégories modestes, alors que les cadres, à l’opposé, sont massivement convaincus (à 69 %) que Nicolas Sarkozy est le plus préoccupé par la situation des catégories aisées.

Ces résultats ont une triple signification :

  1. Ils constituent un désaveu important pour Nicolas Sarkozy : ils révèlent la difficulté du président de l’UMP à s’imposer auprès des personnes en situation sociale modeste, alors que ce dernier prétend en assurer la défense. Qui plus est, ce désaveu est accentué par la difficulté de Nicolas Sarkozy à s’imposer en promoteur des classes moyennes : 48 % des Français pensent que ces dernières sont mieux prises en compte par Ségolène Royal (contre 27 % par Nicolas Sarkozy).
  2. Ils constituent la réponse de Ségolène Royal à Lionel Jospin : alors que ce dernier n’était pas parvenu, lors du premier tour de la présidentielle, à fédérer les catégories modestes sur son nom, la nouvelle candidate socialiste à l’Elysée, pour l’instant, a parfaitement associé son image à la prise en compte de leur situation.
  3. Ils constituent un atout décisif pour Ségolène Royal face aux autres candidats de gauche. En vue du premier tour de la présidentielle, une capacité durablement reconnue à représenter les milieux modestes, associée à un appel au vote utile pour éviter une réédition de 2002, forme le meilleur alliage au service d’une dynamique électorale prometteuse.

Cette partition sociale entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy est favorisée par des faisceaux de facteurs. Pour asseoir sa crédibilité à parler au nom des catégories modestes, Ségolène Royal bénéficie notamment de sa distance par rapport au pouvoir national, de son image non technocratique, de son ancrage en Poitou-Charentes, et de sa féminité ; pour sa part, l’identification de Nicolas Sarkozy à la défense des catégories aisées repose notamment sur son identification à la droite, au pouvoir, au libéralisme, et sur son ancrage dans un département très favorisé, les Hauts-de-Seine.

Un faisceau de priorités porteur pour la gauche

Le second enseignement majeur de cette étude concerne les priorités affichées par les Français. On sait, en particulier à travers l’expérience de la campagne de 2002, l’importance décisive des enjeux de campagne sur l’issue du scrutin : en 2002, l’importance accordée à l’insécurité par les Français, et la médiatisation des enjeux sécuritaires, avaient été favorables à la droite.

Aujourd’hui, la hiérarchie des priorités affichées par les Français est très différente. Après l’emploi (43 %) les personnes interrogées citent la paix dans le monde (30 %), la santé (30 %), l’environnement (29 %), l’éducation et la formation (29 % également), le pouvoir d’achat (26 %) et le logement (16 %) ; la sécurité des biens et des personnes n’arrive qu’ensuite (16 %, huitième position).

Ainsi en termes d’attentes, les priorités de 2006 n’ont rien à voir avec celles de 2007 ; si, outre l’emploi, un enjeu ne s’impose pas massivement au détriment des autres, c’est un faisceau de priorités qui apparaît, et celui-ci renvoie davantage aux thématiques traditionnelles de la gauche, qu’à celles de la droite.

Sondage réalisé par l’institut LH2 pour Libération jeudi 9 et vendredi 10 novembre 2006 par téléphone. Échantillon de 1010 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille, après stratification par région et catégorie d’agglomération.

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