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15.02.2006
Les Echos : Ce que Ségolène Royal révèle aux socialistes
(..) la force de Ségolène Royal dans les sondages, sa capacité, depuis plusieurs mois, à tenir le haut de l'affiche en laissant loin derrière les éléphants du Parti socialiste ne relève pas d'un simple effet de mode. La fusée Royal a décollé d'autant plus facilement que les autres sont restés scotchés au sol. En ce sens, elle est le révélateur du piège dans lequel se sont laissé enfermer les hommes du Parti socialiste : ils ont eu tendance à reproduire les vieilles recettes à un moment où l'opinion est, elle, en quête de changement.
Ségolène Royal est une femme. Et pour certains, cela suffit à expliquer sa forte popularité. A travers le monde, il existe effectivement un phénomène femme : Angela Merckel en Allemagne, Michelle Bachelet au Chili, Ellen Johnson Sirleaf au Liberia... Sur tous les continents, la gente féminine marque des points et se hisse aux toutes premières places dans une sorte de révolution tranquille qui veut que progressivement la diversité de la société s'impose et que le retard pris par la représentation politique se corrige. « Le vent du renouvellement souffle fort et dans ce changement l'attribut féminin compte », résume Emmanuel Rivière, qui dirige l'un des pôles de TNS Sofres. Pour les concurrents de Ségolène Royal, cet attribut est redoutable car tout comportement ou toute remarque d'ordre machiste a pour effet immédiat de renforcer la popularité de l'intéressée.
Mais le phénomène Royal révèle autre chose qui concerne directement la vie du Parti socialiste. A cinquante-deux ans, la compagne de François Hollande est à la fois pleinement dans le parti et extérieure à lui : elle est députée et présidente de région, elle a occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements Cresson, Bérégovoy et Jospin. Elle a les pieds dans le local, la tête dans le national. Elle est en ce sens un élément qui compte dans le parti mais elle n'est, en même temps, pas associée à sa vie interne : Ségolène Royal intervient rarement dans les conseils nationaux ; elle n'a pas pris par exemple la parole au dernier congrès. Elle se tient soigneusement à l'écart des guerres internes. Elle n'est pas cataloguée comme l'un des éléphants du parti et c'est cette extériorité qui lui permet aujourd'hui d'être, dans l'opinion, beaucoup plus attrayante que ses concurrents. (...)
L'envol de Ségolène Royal renvoie le Parti socialiste à une introspection douloureuse sur son mode de fonctionnement et à une interrogation fondamentale sur le mode de désignation de son candidat : appartient-il à quelque 130.000 militants, certes très attachés à la démocratie interne mais faiblement représentatifs de ce que sont les électeurs de gauche, de désigner le candidat. Ce cercle n'est-il pas trop fermé ? trop étouffant ? Ne faut-il pas l'élargir aux sympathisants ? Le débat sur les primaires qui agite régulièrement le PS comme d'ailleurs l'UMP montre en tout cas que la question est posée.
Elle l'est d'autant plus que Ségolène Royal ne se contente pas d'être une femme qui s'est tenue en marge des querelles internes du parti. Elle est aussi une candidate potentielle qui ose émettre quelques propos iconoclastes. (...) D'où la question : et si les électeurs de gauche étaient en attente d'un changement, d'une rénovation qui ne vient pas ? (...)
François Fressoz
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