06.01.2006

Témoignage Chrétien : Question atypisme, on est servi avec Ségolène Royal.

Pour nombre de nos commentateurs, la légitimité d’un postulant se mesure au nombre d’années d’exercice de la politique et surtout au prestige des fonctions occupées. Il va sans dire qu’un passage à Bercy (Strauss-Kahn) vaut beaucoup plus qu’avenue de Ségur (siège du ministère de l’Environnement) ; que présider l’Assemblée nationale (Fabius) requiert plus de qualités politiques que conquérir et diriger une région française. Il va sans dire également qu’un postulant qui n’aurait pas approché un ministère régalien (l’Intérieur, la Justice, les Finances, le Quai d’Orsay, la Défense) serait disqualifié pour l’Élysée. Cette vision, contestable, du profil du chef de l’État a une conséquence directe : valoriser des candidats, souvent masculins, qui ont une vingtaine, voire une trentaine d’années de carrière politique, essentiellement sur la scène parisienne.


Dans ce contexte, la fonction élyséenne ne peut échoir qu’à un sexagénaire – ou un « quinqua » précoce en politique – qui a su construire des fidélités et des allégeances dans les médias, le monde économique et la haute administration. Pour devenir Président, il faudrait être visible depuis longtemps, inspirer confiance, rassurer les marchés et avoir de l’entregent. Pour ces observateurs qui portent bien mal leur nom, l’audace, l’imagination et la jeunesse sont des valeurs repoussoir. Il en faudrait pourtant pour soulever des tabous français, comme la toute-puissance du nucléaire, les privilèges de la grande distribution ou les rapports « clientélistes » avec le continent africain. (...)

En plébiscitant la pré-candidature de Ségolène Royal, nombre de Français lancent un avertissement à une classe politique machiste, parisianiste et conservatrice. Seront-ils convaincus par les démonstrations sociales et économiques de « Ségolène » ? À voir... En tout cas, avec cette percée, l’image d’un Président monarque éclairé est fragilisée. Qui s’en plaindrait alors qu’il est plus que jamais nécessaire de redistribuer les cartes entre les divers pouvoirs dans notre République à bout de souffle ?

Ségolène Royal : les clés d’une percée par Noël Bouttier

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